Dorlac – Quelques mots sur douze ans de réécriture.


PDorlac Imageour commencer, voici la version courte : J’ai eu il y a douze ans l’idée d’un roman dont j’ai réécris le début vingt fois. N’arrivant pas à travailler dessus de façon convenable avec un travail à temps complet, je profite d’une année de réorientation professionnelle avec beaucoup plus de temps libre pour m’astreindre à ce roman que j’espère terminé pour la fin de l’année.

La version un peu plus longue sera pourtant à peine abordée ici sur ce très court et très introductif article concernant le processus de création du roman.

Tout d’abord, j’ai envie de dire, pourquoi cet impérieux besoin d’écrire ? Est-ce une lubie après la peinture et la photographie ? A dire vrai j’ai commencé par l’écriture comme étant ma toute première forme d’expression artistique. J’ai commencé à 17 ans, en écrivant mes poèmes, puis en les imprimant dans un cahier. Le cahier a fini par tourner chez mes amies qui de temps à autre venaient voir si un nouveau texte était né. Pour traduire en langage d’aujourd’hui, j’ai ouvert un blog et j’avais à ma grande surprise une poignée de followers intéressées. Je parle au féminin car étrangement, mes amis masculins ne lisaient pas ce que j’écrivais, ne s’y intéressaient pas, et n’y voyaient qu’un moyen d’attirer les filles. Brisons de suite le fantasme, oui, mes poèmes attiraient les filles, mais pour des salons littéraires, pas pour autre chose. Une guitare est, même de nos jours, bien plus efficace qu’une poignée de vers bien tournés pour ce type d’ambition.

Quoi que mon inspiration vienne (déjà) des femmes, ce n’était pas dans le but de les attirer que j’écrivais. Comme tout bon adolescent qui se respecte, j’avais un malaise profond et je l’exprimais par les mots plutôt que par le vandalisme ou l’opposition frontale avec mes parents. Pendant vingt ans, l’écriture est devenue l’exutoire privilégié, unique même, de mes errances amoureuses, de mes constats indignées, des mes combats ordinaires et de cette incroyable noirceur qui coulait dans mon encre. C’est encore à cet âge, que j’écrivais ma première nouvelle, inspirée à la fois de Lovecraft et de Stephen King. C’était odieusement mauvais, ça l’est toujours car le texte a dû survivre quelque part de PC en PC. en 2004 je me lançais dans l’écriture d’un roman de fantasy inspiré des Croisades. Il y avait un grand mieux, mais au final, je m’ennuyais de ma propre histoire, je voulais en terminer rapidement.

Sur les histoires longues, ce qui m’a longtemps stoppé dans mon élan était justement cet ennui de connaître la fin de l’histoire dans ma tête et de devoir prendre tout ce temps pour l’écrire, pour d’autres personnes. Aujourd’hui je suis parvenu à contourner cette lassitude de mes propres histoires, déjà en écrivant pour les autres, et ensuite, je me laisse toujours de larges parts d’inconnu dans les éléments de ma propre écriture. Souvent, quand j’ai terminé quelque chapitres, je détruis les notes que j’avais prise sur la suite pour tout refondre en changeant les évènements.  La lecture de Game of Thrones m’a inspiré pour une chose en particulier : La rupture de trame. Sans avoir besoin de tuer mes personnages à tour de bras cependant, j’apprécie de soudain intervenir dans un plan bien pensé avec un grain de sable, un jeu de domino ou juste la faute à pas de chance. J’ai beaucoup lu de livres historiques, j’aime particulièrement les anecdotes, elles permettent de briser cette impression que l’on a trop souvent de « destinée » des évènements. L’Histoire m’a appris que les plus grands triomphes ou les pires défaites, pouvaient parfois participer d’incroyables concours de circonstances. Il suffisait qu’un seul évènement n’arrive pas, pour que ce que nous connaissons aujourd’hui soit totalement différent.

De fait dans le procédé narratif, je suis la même logique. Parfois, des éléments de récit arrivent, absolument pas prévus, et d’autres fois, le hasard fait trop bien les choses. J’ai toujours un gros problème, du moins à mon sens, mais j’ai fini par comprendre pourquoi je ne pouvais pas le contourner dans ce premier roman. Le contexte que j’ai choisi se déroule en 1793, à Lyon en particulier, juste après la chute de la ville, révoltée contre la Convention.

« Dorlac » et la série qui en sera issue si tout se passe bien, a comme premier contexte historique une période qui est très documentée, pour laquelle je trouve de nouvelles sources tous les jours, et dont l’action romanesque se situe sur une période très précise de quelques mois, dont on connaît les grands évènement et leurs enchaînements presque au jour le jour. Je suis enchaîné à cette chronologie pour plusieurs évènements.

Le rythme oppressant de cette chronologie ne me permet pas de développer les personnages comme je le voudrais, dans leur intimité, car tous sont au prises avec une course contre la montre. Cependant j’ai déjà prévu, une fois le premier tome terminé, de reprendre l’intégralité du texte pour affiner chacun des personnages principaux, leur donner plus de couleur et de profondeur. Mes inspirations principales pour l’écriture viennent de Pierre Pevel et de Mathieu Gaborit. Selon moi l’un et l’autre ont la capacité de brosser des personnages de quelques mots, de quelques phrases, et donnent vie à leurs personnages dans l’action, dans le corps même de la trame de l’histoire, sans s’appesantir sur de vastes digressions secondaires n’ayant rien à voir avec le sujet principal. C’est donc un juste milieu que je vise.

Le plus pénible quand on écrit, c’est d’attendre l’impulsion, ce moment où soudain tout vient et où il suffit de se poser devant l’écran et de faire courir ses doigts. Écrire en dehors de ces instants de grâce, en ce qui me concerne, ne permet rien d’autre qu’un travail médiocre et sans âme.

Il est déjà très tard. Je m’étendrais sur le sujet un autre moment.

A bientôt.


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